• La politique de l'oxymore - Bertrand Méheust

    La politique de l'oxymore - Bertrand Méheust

     
    "L'emballement et la montée aux extrêmes qui caractérisent le monde moderne, la puissance inégalée de ses outils de contrôle des esprits, l’échelle planétaire des processus mis en jeu , la saturation , dans laquelle la société globalisée est déjà engagée , tout cela me conduit à penser que les sociétés démocratiques contemporaines ne pourront surmonter à temps la crise qui se prépare.
    Il faut avoir connu les chambres non chauffées, les toilettes au fond du jardin, les déchets que l'on recycle tous intégralement , y compris ceux des WC, le lapin du dimanche midi, les oranges de Noël, le bain du Samedi soir dans une bassine chauffée sur la cuisinière, il faut avoir connu tout ça pour comprendre la pression que nos gestes quotidiens exercent sur la nature.
    Les partisans du néo-libéralisme se découvrent depuis peu une forte compassion pour la misère du monde et, pour justifier leur modèle de société, ils invoquent désormais la nécessité morale où nous serions placés de le répandre sur terre. Mais cette solidarité est une façade , elle apparait comme une astuce rhétorique lorsque l'on comprend que le modèle en question, sous sa forme actuelle a pour caractéristique essentielle de ne pouvoir fonctionner qu'à court-terme et pour une partie de l'humanité.
    La société contemporaine prône (et c'est là sa contradiction majeure, son péché mortel) une croissance infinie dans un monde fini.
    Elle promeut comme valeur centrale l'individu mais produit à la chaine des êtres formatés, qui se dépossèdent de leur individualité par les pratiques mêmes à travers lesquelles ils pensent la développer.
    L'autonomie de l'individu est promue comme valeur centrale alors que des forces invisibles gigantesques le décrivent-construisent en sous-main - des forces gigantesques qui sont à la sociologie ce que la matière noire est à la cosmologie -
    Elle considère l'enseignement et l'éducation comme l'alpha et l'oméga de la société moderne, mais voue un mépris de plus en plus pesant, et presque officiel aux enseignant(e)s.
    Par l'enseignement, elle fait de la vérité la valeur suprême. Mais par la propagande publicitaire et la communication, elle légitime le mensonge raisonné et le reconnait implicitement comme le moteur de la vie sociale.
    Elle vante le risque et l'initiative individuelle mais prône par ailleurs le risque zéro. Elle développe jusqu'à la folie l’obsession de la sécurité dans un monde prêt à exploser.
    Contre le fonctionnaire repoussoir, elle dresse la figure héroïque de l'entrepreneur. Mais chacun sait que les banques se méfient des jeunes entrepreneurs et préfèrent avoir comme clients des fonctionnaires, et que les capitalistes implorent le secours de l’État quand une crise financière risque de les déborder.
    Elle fait de la lutte contre le chômage et la délinquance, ses deux priorités, mais a besoin pour fonctionner d'un taux de chômage élevé et de délinquance élevée.
    Elle prône la libre circulation des marchandises et des capitaux ; réclame jusqu'à l'absurde la suppression des écluses douanières entre des systèmes économiques et sociaux aussi différents que la Chine, et la vieille Europe, le Tchad et la Californie. Mais dans le même temps, elle met de plus en plus de barrières au libre déplacement des êtres humains originaires des nations pauvres et, finalement, par la haine qu'elle suscite, elle en arrive à rendre problématiques les déplacements des riches eux-mêmes.
    Elle développe une sensiblerie anthropomorphique à l'égard des animaux, fait du chasseur un hideux repoussoir, mais fait reposer sans frémir son économie sur l'élevage industriel. Depuis peu la loi retire aux animaux leur ancien statut de choses, sans que cette décision ait la moindre influence sur l'élevage industriel. Des commandos "écologiques" attaquent les élevages de visons mais se désintéressent du sort des poulets et des porcs industriels.
    Le mot "durable" est devenu une clé de la communication, une sorte d'indicateur positif, censé déclencher le réflexe de consommation.
    Rien n’empêchera le monde moderne d'aller jusqu'à sa saturation, et donc la descente aux enfers de l'humanité se poursuivre, jusqu'à l'inéluctable catastrophe.
    Certes les contre-tendances qui vont se développer ...., conduiront à une désobéissance civique de plus en plus répandue.
    L'Hypertitanic commencera à décélérer et à infléchir sa trajectoire. Mais tout cela viendra sans doute trop tard."
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    Un commentaire d'Arthur Keller qui m'a particulièrement plu : (le 20 Septembre 2012)
     
    "De mon côté, je crains des effets de seuils majeurs que ce type de considérations me paraît peu à même de contrer. Comme par exemple l'effondrement des ressources halieutiques. L'effondrement de la productivité des sols, l'érosion et la désertification. Les effets de cascades trophiques quand on retire des briques essentielles des chaînes alimentaires de tel ou tel écosystème (exemples : disparition des abeilles, des vers de terre, des requins ou des chinchards). La fin du pétrole abordable. L'emballement climatique et ses effets sur la stabilité de certains services écologiques ou de certaines espèces végétales dont dépendent des milliards d'humains. La pollution chimique exponentielle et ses effets sur nos cancers. La chute de la ressource eau potable. La fin de certaines autres ressources cruciales. L'effondrement économique pour cause de dette. En bref, je crains qu'on n'arrive au bout de notre épargne de ressources, et que du jour au lendemain quasiment, nous soyons confrontés au décalage qui existe déjà entre notre empreinte écologique et la biocapacité de la planète. Le jour où on sera arrivé au bout des stocks que la planète a mis des centaines de millions d'années, voire des milliards, à accumuler, on ne pourra plus vivre que sur la partie renouvelée. Et on va avoir une drôle de surprise, car à ce petit jeu-là, même un smicard français vit sur un trop grand pied.
    Ensuite, que se passera-t-il ? Les choses iront-elles doucement ? Je n'y crois pas. Se passeront-elles dans la bonne intelligence ou la barbarie ? Je crains le pire. Saurons-nous maintenir une conscience morale ? Il me semble que nous sommes déjà peu à en avoir développé une. De manière générale, j'ai le sentiment que l'homme n'a jamais prouvé qu'une chose : son infinie capacité à se surestimer. Il croit qu'il va pouvoir s'en sortir sous prétexte qu'il s'en est toujours sorti. Indépendamment du fait que c'est faux (les Pascuans ne me contrediraient pas), et que c'est d'une arrogance sans borne, c'est surtout totalement absurde : en effet, toute chose qui meurt peut dire la même chose : elle n'était jamais morte auparavant. Donc agiter l'argument comme quoi on n'a jamais vécu d'effondrement global comme une preuve qu'on ne le vivra pas est un contresens. L'homme n'a jamais été confronté à pareille situation, et n'est pas préparé... car il n'y a pas de solution hormis l'ajustement forcé aux ressources disponibles par voie de rupture démographique.
    L'humanité est arrivée aux limites absolues : pour la première fois nous consommons plus que ce que notre unique planète ne peut durablement produire, et nous polluons plus que ce qu'elle peut durablement recycler. C'est insoutenable à court terme, et quand nous serons officiellement arrivés au bout des provisions de la nature, ce sera en quelques années un grand game over collectif. Ce qui arrivera, quand ça arrivera, comment ça arrivera, nul ne peut le prédire, mais une chose est désormais certaine : ça va arriver, et quelles que soient les méthodes de prévision utilisées par les démographes, elles ne sont pas appliquées à un basculement de paradigme si violent.
    Alors certes il y aura, dans le lot, de bonnes surprises, des trouvailles, des innovations, et même des réactions salutaires par ci par là... mais elles arriveront trop tard, seront trop localisées, resteront polluées de compromis et des abjectes compromissions que l'on sait déjà, et le problème, hélas, demeurera de même nature. On n'aura au mieux que quelques sursis appréciables, car aucun bond en avant majeur qui ne soit de nature profondément philosophique et morale ne sera à même d'apporter la réponse parfaite à toutes les composantes de la problématique à laquelle nous sommes désormais confrontés. Être moins pour vivre mieux, voire pour vivre tout court, ce serait la question philosophique et morale qui devrait occuper l'esprit de nos leaders s'ils étaient les visionnaires clairvoyants qu'on pourrait espérer, et s'ils arrêtaient de nourrir des ambitions illusoires et de tirer des plans sur toutes les comètes qui illuminent le firmament en carton-pâte qu'on a construit pour nos ego. Ce serait là un des piliers de la voie réaliste, celle de la sagesse et de la sagacité... mais si l'humanité était sage et sagace ça se saurait depuis le temps. Je pense qu'à se croire invulnérable on se fragilise.
    On verra si dans 40 ans l'homme se croit toujours invulnérable."
     
    source : Joëlle Leconte 
     

    La catastrophe les yeux ouverts - Bertrand Méheust

    Bertrand Méheust (né en 1947) est un écrivain français, spécialiste de parapsychologie. Anciennement professeur de philosophie aujourd'hui à la retraite, il est docteur en sociologie et membre du comité directeur de l'Institut métapsychique international.

    source wikipedia

     
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