• Textes

     Articles

    L'économie peut-elle décroitre ? - Jean-Marc Jancovici

    Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance - Philippe Bihouix

    Agir avant l'effondrement - Christian Ghiotti

    Après la mort, le retour à la terre - Odile Floutié

    "La psychologie positive est une science de charlatan" - Chris Hedges

    Les énergies 'renouvelables' ne font que continuer la civilisation industrielle - Nicolas Casaux

    "Je n'imagine pas qu'il restera des humains dans 10 ans." - Guy Mc Pherson

    Les menaces du traité de libre-échange avec le Canada (CETA) sur l'agriculture française

    La décroissance ou la mort - Stéphane Mortimore

    De l'idéologie, aujourd'hui - François Brune  (livre .pdf)

    La Gueule Ouverte, le retour  (journal d'écologie politique)

    Étude internationale « Aspirations liées à la mobilité et aux modes de vie » - L'ObSoCo

    Encyclique *Laudato Si'* - Pape François

    En politique comme dans les entreprises, "les médiocres ont pris le pouvoir" - Alain Deneault

    Pour une décroissance communiste libertaire - GRDCL

    Thèse de doctorat "La Décroissance au prisme de la modélisation prospective : Exploration macroéconomique d'une alternative paradigmatique" - François Briens 

    Obligation vaccinale - L'enquête d'une maman biologiste - Anne Gourvès

    "Je hais les indifférents." - Antonio Gramsci

    Une lecture sociale des accidents de la route - Le Monde diplomatique

    "Daesh nous empêche de voir que la question majeure est politique" - Roland Gori

    L'extrême vulnérabilité du système agro-industriel - Marie-Monique Robin

    NOIR CANADA, Pillage, corruption et criminalité en Afrique - André Deneault (livre .pdf)

    Croissance perpétuelle - Dennis Meadows

    Santé, environnement et pratiques agroindustrielles - Lylian Le Goff

    L'effondrement d'une civilisation en direct - Marie-Eve Tries

    Violences policières : “L’objectif n’est plus de repousser un groupe, mais de blesser des individus” - Mathieu Dejean

    Au temps de l'esclavage, ils auraient négocié le poids des chaines - Daniel Mermet

    Vers un municipalisme libertaire - Murray Bookchin

    Une histoire moderne de l'agriculture - P. R.

    La rhétorique du "tabou" et la leçon d'Orwell - Martine Chantecaille

    La politique de l'oxymore - Bertrand Méheust

    Décroissance et critique du développement (livre .pdf)

    NDDL, 1 aéroport de plus, non, 2 de trop ! - Thierry Brulavoine

    Défense et illustration du cancer picard, De la contribution du mal industriel à la richesse du pays - Tomjo

    État d'urgence - Lettre ouverte à nos élus

    Travailleurs à vélo

    Allemagne. Des autoroutes pour vélos bientôt créées. - Ouest France

    Compteurs Linky et Gazpar : prétendus intelligents pour berner les citoyens

    Le pain et la monnaie, économie et politique - Pierre Persat #inflation

    Voitures électriques : personne ne sait combien elles consomment vraiment - Nolwenn Weiler

    "Seul mérite d'être produit ce qui ne privilégie ni n'abaisse personne." - André Gorz

    Les petits journaux de Trazibule

    L'homme formaté, anti-manuel de manipulation mentale - Hacking social

    Réfugiés : le naufrage occidental - Stéphane Madelaine

    Loi Macron : croissance et soumission

    Les énergies renouvelables ne pourront pas alimenter la croissance économique - Richard Heinberg

    Penser est devenu fondamental. - Scott Peck

    Mémoires sur la Décroissance (Thèses de Doctorat)

    La conscience fragmentée, origine du mal ? - Scott Peck

    La "Croissance verte" est une mystification absolue - Philippe Bihouix (Reporterre)

    Adaptation de notre constitution aux exigences d'une société mondialisée

    L'essence du néolibéralisme - Pierre Bourdieu

    Notre civilisation serait-elle malade d'agitation ? - Vincent Cheynet

    Grille de lecture alternative de la dette publique et projet de décroissance soutenable

    Mortalité des abeilles : on connait maintenant le coupable - Baptiste Giraud (Reporterre)

    "On n'apprend ni à lire ni à penser avec une tablette" - Roberto Casati

    "Je ne regarde pas la pub" - Laurent Demarta

    Grèce : petit guide contre les bobards médiatiques - Attac

    Fin des quotas laitiers : quel avenir pour les producteurs ? - José Bové

    La machine médiatique à abrutir... ! - Pierre Jourde

    Un Airbus A320 s'écrase tous les 2 jours en Europe - Marcel Robert

    Le crash de l'A320 Germanwings interpelle sur l'intelligence de ceux qui nous gouvernent. - POJ

    Sommes-nous malades de la Croissance ? - Christophe Dejours, André Cicolela, Catherine Levraud

    La Z.A.D. est partout - Philippe Souchet

    La croissance... un exaltant projet ! - Clément Wittmann

    La grande enquête sur le maître caché de l'agriculture française -  Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) 

    DSM : Quand la psychiatrie fabrique des individus performants - Laura Raim

    La pollution met en danger le cerveau - Stéphane Foucart

    Glyphosate et autisme - Catherine Cordonnier (Top Santé)

    Le gilet de sécurité - Jean-Luc Coudray (La Décroissance)

    L'obsolescence de l'homme - Günther Anders

    Enquête sur la terreur capitaliste - Hervé Kempf (Reporterre)

    La souffrance de Gattaz : parlons-en !

    La bio peut-elle vraiment nourrir le monde ? - Jacques Caplat

    De l'air à France Inter

    Cet homme est-il un casseur ? Non, c'est un policier - Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

    Développement durable ou Décroissance ?

    Contrat tacite des gens qui dorment - Matthieu Monceaux

    Le capitalisme détruit le climat - Naomi Klein

    La catastrophe les yeux grands ouverts - Bertrand Méheust

    Le climat ne supporte pas la course aux profits - Barbara Romagnan

    Pertinence et limites des objecteurs de croissance - Anselm Jappe

    Les enfants de Fukushima commencent à mourrir

    Auto électrique : la grande arnaque - Barnabé Binctin (Reporterre)

    La formation du consommateur - Jimmy Tessieras (La Décroissance)

    La décroissance s’enracine en Allemagne - Hervé Kempf (Reporterre) 

    "Nous pourrions nourrir deux fois la population mondiale, et pourtant..." - Olivier De Schutter

    Pensées autour de la Décroissance

    "COUT" DU TRAVAIL : une imposture de la droite et du Medef ! " - Jean-Charles Van Bervesseles

    La bonne soupe : comment le "13 heures" de TF1 contamine l'info - Henri Maler

    Daniel Mermet : “Les médiocres sont de retour dans la vallée fertile”

    ATTENTION : Projet de Grand Marché Transatlantique (+ vidéos)

    Overshoot Day (Jour du Dépassement)

    Qu'est-ce que l'état de nécessité ? - Attac

    "La société post-croissance a déjà commencé ! " - Marie-Monique Robin

    Le sport est devenu un outil au service de la croissance

    "Le Monde Diplomatique" disparait...

    "Vendre, ça s'apprend" - Jean-Luc Coudray (La Décroissance)

    Le casque vélo, illusion sécuritaire - Jean-René Carré

    Se passer de la voiture au quotidien : est-ce possible ?

    Les prix Pinocchio 2013

    Qui paye vraiment les infrastructures de transport ?

    Donner du poisson ou apprendre à pêcher

    Ce n'est pas une crise mais un effondrement. - Dominique Bourg

    On le sait désormais, ils iront jusqu'au bout. - François Ruffin

    Des camions gentils avec les vélos

    Les 5 grands regrets des mourrants- Bronnie Ware

    Pourquoi je ne suis pas "orthorexique" ? - Guillaume Rosselin

    Conditionnement - Aldous Huxley

    À propos du mouvement des Bonnets Rouges

    La Décroissance : questions / réponses

    Au ralenti - Alain Acardo

    La religion du progrès - Jean-Claude Michéa

    La vitesse moyenne généralisée - Ivan Illich

    Qu'est-ce que l'écologie intérieure ? - Yann Thibaud

    Pourquoi est-il raisonnable d'être anti-capitaliste ? - Olivier Bonfond

    Pour sauver la planète, sortez du capitalisme - Hervé Kempf (Reporterre)

    Un pendu en plus, un chômeur en moins

    Les faces cachées du Coca-cola

  • Article publié en juillet 2014 sur le site de Jean-Marc Jancovici

    Question stupide, votre honneur : évidemment que non, l’économie ne peut pas décroître. Sauf à l’occasion d’épisodes aussi brefs qu’indésirables, la vocation de l’économie, c’est de croître, et en général nous croissons bel et bien, non mais sans blague !

    Evolution reconstituée du PIB par habitant (pour le monde dans son ensemble) de 1860 à 2003, avec une forme de monnaie constante.

    Source : Maddison, 2010

    Croissance de quoi, au fait ?

    Que tout le monde affirme que la croissance est l’état normal de l’économie, c’est indéniable. Mais au fait, c’est quoi exactement la croissance ? En économie, cette « croissance » désigne généralement (malgré l’absence de complément de nom) quelque chose de bien précis : l’augmentation, d’une année sur l’autre, d’une grandeur qui s’appelle le Produit Intérieur Brut ou PIB, une notion qui date de juste après la Seconde Guerre Mondiale. Ce PIB a lui-même une définition très précise : il s’agit du « résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes ». Ouf ! Si nous décortiquons pas à pas, et que nous traduisons cela en Français, cela donne ce qui suit :

    • il s’agit du « résultat final » de l’économie, c’est-à-dire des biens et services qui sont utilisés par un consommateur final. Le consommateur final, dans cette affaire, c’est celui qui utilise le bien ou service pour son propre compte, et ne va pas l’incorporer dans une production qui sera elle-même vendue ou transférée à un tiers. Par exemple, si j’achète un poireau pour le manger moi-même, je suis un consommateur final pour ce poireau. Par contre, si j’achète le même poireau en tant que restaurateur, pour fabriquer puis vendre de la soupe aux poireaux, ou en tant qu’épicier, pour simplement le revendre après l’avoir transporté, alors je ne suis pas un consommateur final pour ce poireau. Ce « résultat final » (ou « biens et services disponibles pour un usage final », ce que l’on trouve aussi parfois) concerne donc tout ce que les agents économiques (individus, mais aussi entreprises, administrations, associations, etc) consomment en propre. Il peut s’agir de biens durables (immeubles, voitures) ou pas, et cela inclut les variations de stock.
    • ce « résultat final » doit provenir d’une « activité de production ». En fait, cette « activité de production » signifie le plus souvent « activité marchande », car c’est le seul cas de figure où la mesure du résultat est facile, à défaut d’être juste : on va valoriser la production… au prix de vente. Cela semble évident, mais en fait ca ne l’est pas du tout ! En effet, comment valoriser la production non vendue, en particulier tout ce que l’on appelle « services non marchands » ? Cela concerne une large part de l’éducation (l’Education Nationale n’envoie pas de facture quand votre gamin va à l’école), de la santé, de la justice, et plus généralement tout ce que des fonctionnaires font pour la collectivité sans se faire directement payer. Et encore, là nous avons un cas de figure facile, car même si le service est non marchand il y a eu échange monétaire : la collectivité a payé le médecin et l’enseignant. Il arrive que les services soient rendus sans aucun échange monétaire (le troc), auquel cas la comptabilisation devient un peu plus difficile encore, et enfin il arrive qu’il y ait production mais pas d’échange du tout.Ce dernier cas de figure concerne tout ce que le gens font pour eux-mêmes : les légumes de son propre potager (sauf si vous les vendez au marché), le ménage ou le bricolage que vous faites chez vous, le temps que vous consacrez à vos enfants, etc. Dans ce cas de figure, la production échappe généralement au PIB (quand il n’y a pas d’échange, en général on ne compte rien du tout). Et enfin ce qui apparaît « tout seul » n’existe pas dans le PIB : il faut la main de l’homme. Le poisson qui grandit tout seul dans la mer est inexistant dans le PIB jusqu’à ce qu’il soit éventuellement pêché et donc vendu, alors que le poisson d’élevage apparaît dans les inventaires du pisciculteur et existe donc dans le PIB.
    • Enfin les « unités productrices résidentes » signifie que la production doit être effectuée sur le territoire national, peu importe qui possède l’unité de production (le critère est géographique, non capitalistique). Le passage d’une usine sous contrôle étranger ne change donc rien au PIB.

    Ah ! J’allais oublier : le PIB est annuel. Dit autrement, il comptabilise la valeur de la production de l’année.

    Comme cela a été indiqué plus haut, la production qui entre dans le PIB est justement celle qui n’est pas apparue « toute seule ». A nouveau, la croissance des arbres ou la reproduction des poissons ne sont donc pas dans le PIB, sauf si… c’est une conséquence de l’action humaine et qu’il y a échange marchand derrière. On voit tout de suite que le même bien peut donc être ou non dans le PIB selon le cas de figure, et en fait on va voir que cette manière de compter, que nous avons placée au panthéon de nos indicateurs, est une convention parmi N possibles, et va probablement nous emmener droit aux ennuis dans pas longtemps parce qu’elle reflète de moins en moins bien les flux physiques du monde qui nous entoure. Pour s’en convaincre, nous allons faire un petit cours d’économie, mais en se basant… sur les flux physiques.

    Une grosse boule de 13.000 km de diamètre et moi et moi et moi

    Au moment où les hommes apparaissent sur terre, ils vont se retrouver plongés dans le résultat de 15 milliards d’années d’évolution, plus ou moins quelques milliards. En effet, bien avant l’apparition des hommes et de leurs cours de bourse, la nature a amplement travaillé toute seule, et elle en a fait des choses qui nous sont utiles aujourd’hui !

    • Elle a commencé par faire une première génération d’étoiles après le Big Bang. Ces premières étoiles, en fusionnant les seuls noyaux alors disponibles, à savoir des protons, ont créé, par fusions successives, tous les éléments de la table de Mendeleïev, de l’hydrogène à l’uranium, sans lesquels nous n’existerions pas,
    • Puis, après quelques milliards d’années (environ 10, ce qui sera par exemple la durée de vie du Soleil), ces étoiles ont terminé leur vie, pour certaines au cours de gigantesques explosions thermonucléaires qui ont dispersé dans l’espace les éléments qui avaient été formés dans l’étoile, sous forme de (très gros) nuages de poussière,
    • Ces nuages, au gré de leurs pérégrinations dans l’univers, se sont parfois retrouvés attirés par de nouvelles étoiles en formation. Ils se sont alors mis en orbite autour de la jeune étoile, et un processus de contraction (venant de la gravitation) a conduit d’abord à la formation de disques, puis de bandes, puis… de planètes. Ainsi est née la Terre, il y a environ 4,5 milliards d’années,
    • Après quelques formalités diverses, comme se doter d’un océan (dont l’origine fait encore l’objet de débats scientifiques), et d’une atmosphère (probablement due pour une large part au volcanisme, lui-même dû à la radioactivité naturelle des roches qui a chauffé l’intérieur de la planète, ce qui fait que nous devons de pouvoir respirer à la radioactivité, c’est rigolo non ?), les choses sérieuses peuvent commencer : créer la vie. Après 4 milliards d’années, la lointaine descendance des êtres les plus primitifs (des espèces de bactéries) se compose de dizaines de millions d’espèces de virus, bactéries, plantes, animaux, dont une partie a, au passage, radicalement changé la composition de l’atmosphère.

    Et puis nous voici, apparaissant dans cet environnement planétaire qui, évidemment, n’attendait que nous. Pour la suite de la démonstration, nous allons simplifier à l’extrême le fruit de ces 15 milliards d’années de dur labeur de la nature, en le décomposant en deux catégories de « ressources naturelles » (en fait toutes les ressources sont naturelles !) :

    • celles qui ne peuvent pas se renouveler du tout, et sont apparues à la formation de la terre, et celles qui proviennent d’une lente accumulation survenue depuis, mais pour lesquelles le flux de renouvellement est parfaitement insignifiant à l’échelle de l’histoire humaine. Dans cette catégorie, nous allons trouver :
      • des terres émergées, car la tectonique des plaques n’est pas assez rapide pour nous permettre d’espérer en avoir beaucoup plus (ou beaucoup moins) à l’échelle d’un siècle, et au sein de ces terres émergées nous avons trouvé des montagnes, des bassins sédimentaires, des roches de toute nature…
      • des sols cultivables, qui mettent 100.000 ans ou plus à se constituer par sédimentation ou par érosion de roches,
      • des hydrocarbures, qui mettent des dizaines de millions d’années à se reconstituer à partir du plancton océanique,
      • tous les minerais, métalliques ou non, qui ne peuvent même pas se reconstituer une fois la planète formée,
      • un océan, qui n’est pas « récupérable » si il devient subitement impropre à la vie
      • un système climatique, qui engendre des conditions propices à la vie ici et un peu moins là,
      • le bagage génétique de dizaines de millions d’espèces, qui fait partie de la biodiversité,
      • etc,
    • celles qui, pourvu qu’on les laisse un minimum tranquilles, ont une capacité de renouvellement très significatives à l’échelle du siècle. Dans cette catégorie, nous allons trouver essentiellement le résultat de l’apport solaire : l’eau qui tombe du ciel (à condition que le patrimoine climatique ne soit pas trop entamé), les végétaux et animaux (à condition que leur bagage génétique subsiste !), ou encore soleil et vent en direct.

    Représentation (très !) schématique de notre terrain de jeu lors de l’apparition des hommes.

    L’immensité naturelle se compose de stocks qui se renouvellent tellement lentement – voire pas du tout – qu’ils sont non renouvelables à l’échelle du siècle, et de stocks qui se renouvellent rapidement à l’échelle du siècle. L’homme est encore inexistant comme force de la nature, et n’est donc pas représenté sur ce schéma.

    Et voici le début de la production

    A peine apparus, les hommes vont se mettre à produire. Produire, c’est très simple : les hommes piochent dans la nature, et transforment ce qu’ils y trouvent en « autre chose ». D’un point de vue physique, qu’il s’agisse de fabriquer un racloir en silex ou la fusée Ariane, ces activités productives consistent toujours à faire la même chose : transformer des ressources « naturelles » en produits « artificiels ».

    Représentation (très !) schématique de l’activité productive de notre espèce à ses début.

    Avec des ressources naturelles (représentées par la lettre R) et du travail (représenté par la lettre W, de l’anglais Work), nous obtenons des produits agricoles ou manufacturés.

    Au début de l’activité productive des hommes, les deux catégories de ressources n’ont pas connu le même destin :

    • dès la première minute où nous avons commencé à piocher dedans, les stocks non renouvelables (par exemple les minerais métalliques, ou même les silex !) ont commencé à diminuer. Certes, aux débuts de notre activité la baisse n’était pas préoccupante à bref délai, mais elle était réelle. Lorsque la civilisation industrielle a commencé, grâce aux combustibles fossiles, l’évolution des stocks correspondants, qui ont mis 50 millions d’années ou plus à se former, a aussi été une baisse dès le début. Incidemment, les réserves prouvées de pétrole ou de gaz ne correspondent pas à la quantité extractible restante sous terre.
    • par contre, aux débuts de l’activité humaine, les flux de prélèvement pour les ressources renouvelables restent inférieurs au potentiel de reconstitution des stocks, et le niveau des stocks renouvelables reste constant (les premiers ramasseurs de bois n’ont pas modifié le stock de forêts, et les premiers pêcheurs n’ont pas modifié la quantité de poissons sur terre, en première approximation).

    Aujourd’hui, tout ce qui fait l’objet d’échanges marchands continue à être basé sur des prélèvements dans la nature : nous prenons des ressources naturelles (sols, photosynthèse, minerais, hydrocarbures, etc) et nous les « utilisons » pour en faire des produits, certains dits « naturels », même quand nous avons utilisé des auxiliaires artificiels (par exemple des pommes, qui sont récoltées avec un tracteur) et d’autres « artificiels » (par exemple une clé à molette).

    Ce constat permet déjà d’en amener un autre : sans ressources naturelles, fini de PIB ! Et, ami lecteur, regardez autour de vous au moment où vous lirez ces lignes : tout ce que vous voyez ne sera que ressources naturelles, transformées de la main de l’homme ou non. Rien n’y échappe. Pourtant, n’a-t-on pas appris à l’école que la production demandait du capital et du travail, et apparemment rien d’autre ? Il faut certes capital et travail, mais aussi des ressources naturelles, et comme personne n’a payé un centime pour leur formation, elles sont gratuites dans nos conventions économiques.

    Et voici la démultiplication des esclaves

    Pendant longtemps, les hommes se sont contentés d’utiliser leurs muscles pour assurer leur subsistance. Du reste, les rapports de domination se traduisaient souvent par la mise au service du dominant de la force musculaire du dominé (esclaves, serfs, galériens, ou tout simplement ouvriers agricoles avant la mécanisation de l’agriculture). Et puis au fil de leur histoire les hommes vont découvrir qu’ils peuvent se faire aider par des forces extracorporelles. Les deux premières, historiquement, seront la conquête du feu, permettant d’avoir une source de chaleur plus puissante que notre seul métabolisme de base, la domestication des animaux, ce qui permet d’avoir une force mécanique supérieure à celle de l’humanité.

    Mais, là encore, pendant longtemps cette énergie extracorporelle utilisée par les hommes reste insignifiante par rapport aux forces de la nature. C’est surtout au début de la révolution industrielle que cette énergie va commencer à changer les ordres de grandeur de l’impact de l’homme sur son environnement. Comme l’énergie est, par définition en physique, la grandeur qui caractérise la transformation du monde, l’accès de l’humanité à l’énergie abondante va démultiplier, toutes choses égales par ailleurs, sa capacité à extraire des ressources de l’environnement par un facteur 2, 5, 10, et désormais près de 200.

    Représentation identique à la précédente, mais avec l’adjonction d’énergie (Charbon, gaz, pétrole), qui met à la disposition de chaque homme bien plus que sa force musculaire, et devient un formidable amplificateur des flux physiques provoqués par les hommes.

    Avec de l’énergie, les hommes peuvent donc piocher plus vite dans les ressources (y compris les stocks d’énergie restants) et faire baisser le niveau des stocks non renouvelables plus vite.

    Et voici venir le capital

    Qu’est-ce que le capital ? Rien d’autre que des biens ou des services qui ne disparaissent pas quand ils sont utilisés, ou du moins pas tout de suite. A la différence d’un tube de dentifrice, d’un ticket de cinéma, ou d’un morceau de pain, qui disparaissent tous quand on les utilise, un immeuble, un ordinateur, ou un train peuvent être utilisés longtemps sans disparaître, tout comme un brevet ou une marque.

    Une autre version du capital correspond à une accumulation de biens – éventuellement utilisables une seule fois – qui peut être conservée sans qu’elle se détruise. La réserve de diesel d’un pompiste ou le stock de pommes d’un grossiste correspondent alors à cette définition. Mais, dans tous les cas de figure, le capital est physiquement « même pareil » qu’une brosse à dents ou un sac en papier : il est composé de ressources, prélevées dans la nature, et qui ont été transformées de la main de l’homme. Même un brevet ou un logiciel correspondent à cette définition : impossible de former ces « choses » à partir du vide intersidéral !

    Le capital ne peut donc pas exister sans ressources naturelles, et généralement sans travail humain préexistant. Dans notre représentation du système productif en flux physiques, le capital n’est absolument pas un élément indépendant du travail ou des ressources, c’est juste une forme « d’épargne » constituée de ressources et de travail passés, et qui sert à améliorer la production future. Et, du reste, cette production future aura aussi besoin de ressources futures : avec juste du capital mais pas de ressources il n’y a pas de production.

    Représentation de notre activité productive intégrant le capital.

    Le capital, constitué de travail et de ressources passées, permet d’augmenter le débit de la production future.

    En clair, le capital est une boucle interne au système, et non un apport externe qui viendrait de Mars ou de Jupiter : on « réutilise » simplement une production passée issue du système lui-même.

    Ainsi donc va notre système productif, utilisant des ressources, renouvelables ou non renouvelables, et du travail humain présent ou passé (s’appelant alors du capital) pour produire des choses comme des logements, des trains et des assiettes.

    Comme la croissance est notre but quotidien, nous allons donc produire de plus en plus de choses par personne, devenir plus nombreux (ce qui compte un peu aussi !), ce qui conduit à une augmentation de plus en plus rapide des flux extractifs en provenance de l’environnement. Et un jour… le potentiel de renouvellement des stocks renouvelables se met à passer sous le niveau de prélèvement, avec pour conséquence que les stocks renouvelables (ou plus exactement qui étaient auparavant renouvelés) vont se mettre à baisser aussi.

    Représentation de notre activité économique lorsque cette dernière est devenue plus importante.

    Les stocks non renouvelables diminuent encore plus vite (rappelons qu’ils ne peuvent que baisser), et le flux de prélèvement dans les stocks renouvelables commence à excéder la capacité de renouvellement. Le niveau du stock commence alors à baisser.

    Pour certains stocks auparavant renouvelables, cela a pu commencer il y a fort longtemps. C’est par exemple dès l’an mil que le stock forestier a commencé à diminuer significativement en Europe. La couverture forestière y est passée de 80% de la superficie européenne en l’an 1000 à 15% environ en l’an 1850. Ce mouvement de décroissance des stocks forestiers est toujours en cours aujourd’hui, essentiellement sous les tropiques.

    Un autre stock auparavant renouvelé qui est actuellement en décroissance significative concerne les poissons, et cela a commencé dès l’an 1900 dans l’Atlantique Nord (ci-dessous). Le stock mondial de baleines avait même commencé à décliner significativement au 19è siècle !

    Evolution de la biomasse dans l’Atlantique Nord entre 1900 et 2000.

    Source : La Recherche, juillet 2002

    En bref, quand elle devient trop importante, notre activité de transformation ou de prédation se met à entamer tous les stocks, à la fois renouvelables et non renouvelables.

    Et voici venir la pollution

    Jusqu’à maintenant, nous avons limité notre analyse aux conséquences sur l’amont de notre activité de production. Mais cette dernière a une autre conséquence, qui va croître avec les flux physiques manipulés : elle crée ce que l’on appelle de la pollution. La pollution, ce n’est rien d’autre que la dissémination dans l’environnement de sous-produits indésirables de notre activité, qui a été représentée sur le graphique ci-dessous par un petit nuage… gris.

    Représentation de notre activité productive en incluant la pollution.

    Un peu de pollution, tous les êtres vivants en produisent. Mais là encore tout est affaire de proportions, et, si la pollution devient suffisamment importante, elle va excéder la capacité d’absorption des stocks naturels, et donc elle va dégrader la qualité des actifs naturels restants, ce qui s’assimile à une diminution supplémentaire des stocks.

    Par exemple, un surplus significatif de CO2 dans l’air va engendrer un changement climatiqueou une acidification de l’océan, et nous pouvons considérer cela comme une « dégradation du stock » (de fait, nous n’avons qu’un seul océan, si celui que nous avons devient trop acide, on ne peut pas aller en chercher un autre au magasin).

    Représentation de notre activité économique en incluant les effets de la pollution, c’est-à-dire une baisse encore accrue du niveau des stocks disponibles pour nos futures activités.

    Nous voici donc avec un diagramme à peu près complet de notre activité productive vue sous l’angle physique : elle consiste à diminuer les stocks naturels, renouvelables ou non, pour augmenter les stocks « artificiels », en créant à cette occasion de la pollution qui va entamer un peu plus les stocks naturels, avec un décalage dans le temps en général. Ce faisant, nous venons juste de réinventer l’eau chaude, puisqu’il y a 40 ans déjà l’équipe emmenée par Dennis Meadows avait fait exactement le même travail de représentation des flux physiques de notre activité productive, vulgarisé sous le nom de « Rapport du Club de Rome ». Leurs conclusions n’étaient pas spécialement rassurantes !

    Et voici venir les services… « dématérialisés » ?

    Mais… tout cela vaut-il aussi pour les services ? En effet, jusqu’à maintenant, nous avons considéré l’économie comme si elle ne fournissait que des produits, or il y a tout un pan de l’économie qui concerne les « services », parfaitement dématérialisés comme il se doit, et qui ni ne consomment de stocks naturels, ni ne créent de pollution. Heu… en sommes nous si sûrs ?

    L’examen des flux physiques va hélas nous faire déchanter : il n’y a pas de services sans énergie ou sans matière. Pour commencer, une large partie des services (au sens de l’INSEE) sont de gros consommateurs d’énergie, puisqu’il s’agit soit de transports, soit d’activités immobilières. Or transport et bâtiments, mis bout à bout, c’est 70% de l’énergie consommée en France (et dans les autres pays industrialisés la proportion n’est pas très éloignée). Et si nous regardons les choses d’un peu près, l’essentiel des autres services ne peuvent exister… sans produits manufacturés « quelque part ailleurs ». Rapide florilège :

    • le commerce (un pan significatif des services) n’existe pas sans production d’objets à vendre (industrie ou agriculture parfaitement matérielles), sans transports et rarement sans bâtiments, l’un et l’autre étant consommateurs de ressources. Même le commerce d’autres services (par exemple des forfaits téléphoniques) n’existe pas sans les flux physiques engendrés par les services vendus (pour l’exemple choisi, il faut construire le réseau téléphonique, les terminaux, faire tourner des centrales électriques…. et tout cela est matériel en Diable),
    • les activités bancaires et financières (autre gros pan des services) n’existent pas sans industries à qui elles prêtent, sans construction de logements ou de voitures (parfaitement matérielles) pour prêter aux particuliers (les prêts immobiliers et auto sont à l’origine d’une large partie de l’activité bancaire), sans ordinateurs (la fabrication de l’informatique est une industrie parfaitement matérielle : métallurgie, chimie, métaux, électricité au charbon et au gaz, etc), sans services postaux (pleins de camions) ou de télécoms (qui sont matériels en diable : tranchées, câbles, équipement électroniques, maintenance, etc), et on pourrait continuer la liste un certain temps,
    • l’enseignement n’existe pas sans beaucoup de temps disponible pour apprendre, donc beaucoup d’esclaves mécaniques pour travailler à notre place pendant que nous étudions (regardez où ont lieu les études longues : bien plus dans les pays qui consomment beaucoup d’énergie que dans les pays très sobres !). En termes purement économiques, il faut des impôts, prélevés sur les activités productives (qui doivent donc exister !), pour payer l’enseignement.
    • la garde d’enfants (un des premiers métiers en France en termes d’effectifs) n’existe que si… les parents sont indisponibles pour garder leurs mouflets, parce qu’ils travaillent en dehors de leur domicile, donc dans une activité productive dépendante de ressources naturelles. Accessoirement, dans notre monde moderne, même pour garder des enfants il faut un local, qui est matériel, des transports, qui sont matériels, etc,

    Bref la liste ci-dessus pourrait être continuée un certain temps (et même un temps certain), pour montrer que les services sont bien les « associés » de l’industrie et de l’agriculture productive, et non leurs successeurs dématérialisés et indépendants. L’opinion courante qui voudrait que les sociétés industrielles soient en train de se dématérialiser parce que la part des services augmente est un mythe. L’examen des faits montre que, en valeur absolue, les flux physiques n’ont jamais été aussi élevés qu’aujourd’hui, y compris par personne, et c’est la seule chose qui compte !

    Le PIB : confondre flux et stocks

    Mais revenons à nos moutons, c’est-à-dire au PIB évoqué au début de cette page. Car ce PIB, il correspond à quelque chose de bien précis dans notre approche « physique » de l’économie : il mesure la composante purement humaine de la production, c’est à dire la valeur ajoutée amenée par les hommes au substrat de ressources naturelles indispensables par ailleurs.

    Représentation de notre activité économique comme ci-dessus.

    Le PIB est par construction même la mesure de la valeur ajoutée des hommes quand on va des ressources naturelles, à gauche, aux produits et services finaux, à droite.

    En effet, comme la nature ne se fait pas payer pour nous avoir fourni 15 milliards d’années d’évolution, mais les hommes si dès qu’ils travaillent une heure, on va retrouver dans le prix d’un produit ou service uniquement la part humaine (celle qui a été payée) et non la part « naturelle » (en gros les consommations de stocks naturels et la pollution) qui n’a été payée à personne. Vous vous rappelez vos vieux (ou pas si vieux !) cours d’économie ? La production est une fonction du capital humain (K) et du travail humain (W) : P = F(K,W). Ne cherchez pas les consommations de stocks naturels dans l’économie classique : elles n’y sont pas !

    Et du reste, ceci expliquant cela (le fait qu’on ne paye que des hommes), le PIB est aussi égal à la rémunération totale des acteurs humains qui ont concouru à la production des biens et services « finaux »… à partir de ressources naturelles gratuites. Bien sûr, il arrive que l’on paye quelque chose à quelqu’un pour disposer d’une ressource, mais ce quelqu’un n’est jamais celui qui l’a créée, ou qui a le pouvoir de la reconstituer, il en est juste le propriétaire du moment. Personne ne peut créer du calcium ou du minerai de fer d’un coup de baguette magique !

    Par définition, le PIB est donc égal à l’empilement des salaires, plus-values, rentes et rémunérations diverses des hommes et des « agents économiques », ce qui explique pourquoi on aime tant qu’il augmente. Mais là où nous commençons à prendre nos désirs pour des réalités, c’est quand nous pensons qu’un PIB en hausse signifie un enrichissement de la société.

    Qu’est-ce qu’un enrichissement ? En général, c’est un accroissement de son patrimoine net (car il ne faut pas oublier de déduire ce que l’on doit si on s’est endetté pour acquérir des biens), et non de ses revenus : si je double mon salaire mais que mes charges triplent, j’augmente peut-être mon train de vie (qui est caractérisé par mes charges), mais mon patrimoine va diminuer (je m’endette). Mieux : si mes revenus augmentent, mais que mes charges augmentent systématiquement plus vite, il suffit d’attendre et je n’aurai plus de patrimoine, et je ferai faillite.

    On voit donc que non seulement le patrimoine n’évolue pas nécessairement comme les revenus, mais surtout qu’il est le résultat d’un bilan : son évolution est la différence entre ce qui entre et ce qui sort. Or pour notre activité économique globale (le PIB), la convention a été de compter ce que nous créons mais pas ce que nous consommons. Or nous consommons des ressources naturelles, soit comme facteur de production, soit en conséquence de la pollution que nous créons.

    Le prix des « ressources naturelles » (par exemple le prix du pétrole) n’est rien de plus que la rémunération du travail et du capital humain nécessaires à leur extraction de l’environnement (gratuit) et à leur mise à disposition. Dans cette affaire, on ne compte que des sommes en plus, et jamais rien en moins : le PIB est donc un chiffre d’affaires sans charges.

    S’intéresser uniquement au PIB pour mesurer le bon état d’un pays (ou de l’humanité), c’est donc comme mesurer uniquement le chiffre d’affaires d’une entreprise (ou en fait, pour que le parallèle soit exact, à sa masse salariale), sans s’intéresser à son résultat (ou sans s’intéresser à son patrimoine, ce qui revient un peu au même). De fait, dans un univers sans contraintes, les entreprises font quasiment toutes des résultats, au surplus avec un pourcentage du chiffre d’affaires qui se trouve dans une fourchette assez « classique ». Ne regarder que le chiffre d’affaires est alors une bonne approximation de son état de santé. Mais en univers chahuté cela n’est plus vrai du tout ! Si, malgré un chiffre d’affaires en croissance, une entreprise est constamment déficitaire, elle finira (assez rapidement au demeurant) par faire faillite, car son patrimoine finira par disparaître.

    Il en va de même pour notre PIB : si ce dernier (qui est l’équivalent d’un chiffre d’affaires), malgré une hausse continue, engendre des charges futures – mais non comptabilisées – supérieures au produit de l’année considérée, nous ne sommes en croissance qu’en apparence. Or des charges, dans notre activité économique, il y en a bien :

    • les prélèvements de ressources non renouvelables, ou de ressources renouvelables au-delà du seuil de renouvellement, devraient donner lieu à une espèce de « dotation aux amortissements » (tous ceux qui sont un peu familiers de la comptabilité d’entreprise devraient comprendre !),
    • les dommages futurs liés à la pollution devraient donner lieu à une forme de provision pour risque.

    Une « bonne » comptabilité nationale, dans notre affaire, devrait, comme pour une entreprise :

    • compter en positif les biens que nous avons créés,
    • dans le même temps, compter en négatif les ressources que nous avons consommées (par exemple la diminution des stocks d’hydrocarbures), ou les stocks que nous dégraderons plus tard à cause de notre activité présente (ce qui est le cas pour le changement climatique).

    Représentation schématique de la comptabilité qui serait appropriée pour savoir si nous nous enrichissons.

    Ce que nous créons est compté en positif, ce que nous avons détruit en négatif, et c’est juste si la différence des deux est supérieure à zéro que l’on peut parler d’enrichissement !

    Cet examen sous l’angle « physique » de nos activités productives permet donc de comprendre que le système macroéconomique que nous avons construit, en omettant la composante ressources, est…. complètement faux. Tant que les stocks étaient immenses au regard de l’activité humaine, compter leur diminution pour rien était à la rigueur acceptable, mais, deux siècles après la création de l’économie classique, la taille des stocks n’est plus du tout immense en regard de la prédation annuelle de l’humanité, et pourtant nous avons gardé la même convention consistant à ne pas se soucier du niveau du stock qui alimente notre production.
    Rien d’étonnant à ce que nous ne voyons pas venir les crises : rien n’est prévu pour !

    Représentation schématique de l’économie apprise à l’école : la production vient du capital et du travail.

    Du coup, si nous n’avons pas assez de production, il faut créer les conditions de l’injection dans le système de plus de capital et plus de travail, et le tour est joué.

    Une variante consiste à tirer la consommation, pour tirer la production, ce qui permet « d’appeler » du travail… qui créera du capital qui remboursera la dette créée en stimulant la consommation (par le crédit ou les subventions).

    Ne manque-t-il pas un petit quelque chose ? Car depuis 1975 les économies occidentales ont injecté sans relâche du capital et du travail dans l’économie, et pourtant la production ne croît pas aussi vite que souhaité !

    Représentation schématique de ce qui se passe en vérité : la production consiste à transformer des ressources avec du travail, et la création de capital n’est qu’une boucle de rétroaction interne au système.

    (je n’ai rien inventé, c’est exactement comme cela que le capital était traité « physiquement » dans le « rapport du Club de Rome »).

    On comprend bien, avec ce schéma, que si nous avons plein de capital et plein de travail, mais pas de ressources, nous n’aurons pas de production !

    Il en va de même si le travail est essentiellement fourni par des machines consommant plein d’énergie et que nous nous mettons à ne plus avoir assez d’énergie.

    Comme le PIB mesure le flux qui va du stock naturel vers le stock « artificiel », plus il croît, plus vite le stock naturel diminue (sans que nous ne nous rendions compte de cette dernière donnée à l’avance, puisque rien n’a été mis en place pour surveiller le niveau du stock). A un moment, le stock naturel résiduel sera devenu trop faible pour permettre au PIB de continuer à croître. Nous serons alors beaucoup trop avancés dans la dégradation du système pour réagir à temps « sans casse ». Ce n’est pas en une semaine que nous allons casser puis reconstruire les infrastructures, les métiers, les schémas de pensée, les outils économiques, les organisations, et substituer les ressources quand le système sera trop désorganisé !

    L’une des causes de cette « casse » sera bien évidemment un effondrement des flux qui vont des stocks (trop entamés) vers les productions « humaines », et qui est le seul que nous mesurons actuellement. Dit autrement, tant que nous ne voyons pas de salut en dehors de la croissance du PIB, son effondrement est à peu près certain.

    Du PIB au « résultat net »

    Pourrions-nous compter autrement ? Faisons un essai. Le produit intérieur brut de l’humanité s’est élevé en 2010 à environ 60 000 milliards de dollars. Pour permettre cette production de biens et services de toute nature nous avons :

    • consommé (donc détruit) environ 3,9 milliards de tonnes de pétrole, à peu près 2,7 milliards de tonnes équivalent pétrole de gaz, et 6,7 milliards de tonnes de charbon(source : BP Statistical Review),
    • utilisé (donc détruit) un milliard de tonnes de minerai de fer, et de quelques milliers de tonnes à quelques centaines de millions de tonnes pour les autres minerais (du cuivre à l’indium, en passant par à peu près tous les éléments du tableau de Mendeleïev),
    • déforesté entre 10 et 15 millions d’hectares de forêts (sur une superficie mondiale qui fait à peu près 3,6 milliards d’hectares),
    • et encore artificialisé quelques dizaines de milliers de km², supprimé des espèces vivantes, acidifié un peu l’océan, réduit certains stocks de poisson, diminué la banquise, rendu obèse un peu plus de monde, et la liste des « moins » vous aura endormi(e) avant qu’elle ne soit terminée.

    Question : à partir de quelles valeurs pour tout cela est-ce que nous nous fourrons le doigt dans l’œil jusqu’au plexus en pensant que nous nous sommes globalement enrichis cette année là ? Car le véritable enrichissement n’est acquis que si la valeur marginale des biens que nous avons créés en 2010 (c’est-à-dire le PIB de l’année) est supérieure à la valeur marginale des stocks « naturels » que nous avons détruits (tout de suite ou de manière différée) pour y parvenir. Le jeu vaut à l’évidence la chandelle quand nous consommons les premières centaines de grammes de minerai de fer pour faire le premier couteau et la première roue : la valeur ajoutée est alors très forte pour une dégradation des actifs naturels imperceptible.

    Mais, avec les volumes de prélèvement qui augmentent, c’est de moins en moins vrai. Aujourd’hui, certains flux de prélèvement ont été multipliés par un facteur 1.000 ou 10.000 par rapport aux débuts de l’économie classique, quand ce système qui ne tient pas compte des ressources naturelles a été mis sur pieds !

    Et lorsque la dégradation du stock devient plus importante que le bénéfice de la production marginale, nous nous sommes appauvris et non enrichis, malgré un chiffre d’affaires (un PIB) en hausse. Et une fois que nous avons franchi le seuil de la « vente à perte », cela signifie que les stocks sont significativement entamés et que les quantités résiduelles « valent cher », et donc que la consommation – croissante – que nous en ferons l’année suivante vaudra encore plus cher, et donc nous vendrons encore plus à perte en les utilisant pour fabriquer des objets qui eux ne sont pas considérablement plus valorisés.

    Ce raisonnement peut également s’appliquer aussi à l’échelle micro-économique (ou « locale »), avec par exemple une conséquence qui amusera (enfin c’est une manière de dire…) peut-être le lecteur. Supposons que toute entreprise qui émet des gaz à effet de serre (c’est-à-dire en fait toute entreprise, parce qu’il suffit d’avoir une voiture ou une chaudière de bureau pour être dans ce cas) doive obligatoirement inclure dans ses comptes une « provision pour remise en état du climat ». Comme la limite supérieure d’une telle provision est infinie, il est facile de voir qu’avec un niveau approprié – et pas plus stupide qu’autre chose – de valorisation du risque futur, plus aucune entreprise ne fait de bénéfice.

    Le résultat de n’importe quelle entreprise est donc, aujourd’hui, conventionnel : il ne tient que dans l’ensemble actuel de règles, lois et usages que nous avons, mais en prenant d’autres conventions, encore une fois pas plus idiotes qu’autre chose, les résultats du CAC 40 deviennent nuls ou négatifs en permanence, et le PIB « corrigé » baisse d’année en année.

    La conclusion de cette affaire est d’une simplicité biblique : la multiplication des goulets d’étranglement sur la disponibilité en ressources naturelles, à commencer par les stocks de pétrole, et un climat stable pour suivre, va rendre de plus en plus difficile le maintien d’une croissance économique. En toute bonne logique, en prolongation tendancielle, des crises économiques que « personne ne voit venir » vont hélas se produire de plus en plus souvent, alors même que nous croulons sous le capital humain (dont le capital financier) et sous la main d’oeuvre disponible, mais nous n’aurons tout simplement plus de ressources à donner à transformer aux usines rutilantes employant des ouvriers l’arme au pied. Il est urgent de changer de lunettes !

    Source : https://jancovici.com/transition-energetique/choix-de-societe/leconomie-peut-elle-decroitre

    Jean-Marc Jancovici, né en 1962, est un ingénieur français diplômé de l'École polytechnique et de École nationale supérieure des télécommunications de Paris. Il est chef d'entreprise, consultant, enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur indépendant. Il est connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation dans la thématique énergie-climat.

    Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marc_Jancovici

     

    Plus d'infos :

    => Conférence de Jean-Marc Jancovici "De Daech à la COP21" (19.11.2015)


    votre commentaire
  • Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance - Philippe Bihouix

    Nous connaissons maintenant les conséquences sur le climat de notre utilisation massive d’énergies fossiles. Pour les remplacer, le nucléaire, toutes générations confondues, n’est crédible ni industriellement, ni moralement. Indéniablement, nous pouvons et nous devons développer les énergies renouvelables. Mais ne nous imaginons pas qu’elles pourront remplacer les énergies fossiles et maintenir notre débauche énergétique actuelle.

     

    Énergies et ressources sont intimement liées

    Les arguments sont connus : les énergies renouvelables ont un potentiel énorme ; et même si elles sont diffuses, pour partie intermittentes, et à date encore un peu trop chères, les progrès continus sur la production, le stockage, le transport, et leur déploiement massif devraient permettre de réduire les coûts et les rendre abordables.Certes, la Terre reçoit chaque jour une quantité d’énergie solaire des milliers de fois plus grande que les besoins de l’humanité… Les scenarii sur des mondes « énergétiquement vertueux » ne manquent pas : troisième révolution industrielle du prospectiviste Jeremy Rifkin, plan Wind Water Sun du professeur Jacobson de l’université de Stanford, projet industriel Desertec, ou, à l’échelle française, simulations de l’association Negawatt ou de l’ADEME.Tous sont basés sur des déploiements industriels très ambitieux. Wind Water Sun propose de couvrir les besoins en énergie de l’ensemble du monde, uniquement avec des renouvelables, d’ici 2030. Pour cela, il faudrait 3,8 millions d’éoliennes de 5 MW et 89 000 centrales solaires de 300 MW, soit installer en 15 ans 19 000 GW d’éoliennes (30 fois le rythme actuel de 40 GW au plus par an), et inaugurer quinze centrales solaires par jour. 

     

    Économie de guerre

    Rien d’impossible sur le papier, mais il faudrait alors une véritable économie de guerre, pour organiser l’approvisionnement en matières premières – acier, ciment, résines polyuréthanes, cuivre, terres rares (pour fournir le néodyme des aimants permanents pour les génératrices de ces éoliennes, il faudrait – si tant est qu’il y ait les réserves disponibles – multiplier la production annuelle par 15 !) –, la production des équipements, la logistique et l’installation (bateaux, grues, bases de stockage…), la formation du personnel… Sans parler des dispositifs de transport et de stockage de l’électricité !Mais l’irréalisme tient davantage aux ressources qu’aux contraintes industrielles ou financières. Car il faut des métaux pour capter, convertir et exploiter les énergies renouvelables. Moins concentrées et plus intermittentes, elles produisent moins de kWh par unité de métal (cuivre, acier) mobilisée que les sources fossiles. Certaines technologies utilisent des métaux plus rares, comme le néodyme dopé au dysprosium pour les éoliennes de forte puissance, l’indium, le sélénium ou le tellure pour une partie des panneaux photovoltaïques à haut rendement. Il faut aussi des métaux pour les équipements annexes, câbles, onduleurs ou batteries.Les problèmes auxquels nous faisons face ne pourront pas être résolus simplement par une série d’innovations technologiques et de déploiements industriels de solutions alternatives. Car nous allons nous heurter à un problème de ressources, essentiellement pour deux raisons : il faut des ressources métalliques pour capter les énergies renouvelables ; et celles-ci ne peuvent qu’être imparfaitement recyclées, ce phénomène s’aggravant avec l’utilisation de hautes technologies. La solution climatique ne peut donc passer que par la voie de la sobriété et de technologies adaptées, moins consommatrices. Nous disposons de beaucoup de ressources métalliques, de même qu’il reste énormément de gaz et pétrole conventionnels ou non, d’hydrates de méthane, de charbon… bien au-delà du supportable pour la régulation climatique planétaire, hélas.Mais, comme pour le pétrole et le gaz, la qualité et l’accessibilité de ces ressources minières se dégradent (pour le pétrole et le gaz, le rapport entre quantité d’énergie récupérée et quantité d’énergie investie pour l’extraire est passé de 30-50 dans les champs onshore, à 5-7 dans les exploitations deep ou ultradeep offshore, et même 2-4 pour les sables bitumineux de l’Alberta). Car nous exploitons un stock de minerais qui ont été créés, enrichis par la nature « vivante » de la planète : tectonique des plaques, volcanisme, cycle de l’eau, activité biologique… 

     

    Deux problèmes au même moment

    Logiquement, nous avons exploité d’abord les ressources les plus concentrées, les plus simples à extraire. Les nouvelles mines ont des teneurs en minerai plus basses que les mines épuisées (ainsi du cuivre, passé d’une moyenne de 1,8-2% dans les années 1930, à 0,5% dans les nouvelles mines), ou bien sont moins accessibles, plus dures à exploiter, plus profondes.Or, que les mines soient plus profondes ou moins concentrées, il faut dépenser plus d’énergie, parce qu’il faut remuer toujours plus de « stériles » miniers, ou parce que la profondeur engendre des contraintes, de température notamment, qui rendent les opérations plus complexes.Il y a donc une interaction très forte entre disponibilité en énergie et disponibilité en métaux, et la négliger serait se confronter à de grandes désillusions.Si nous n’avions qu’un problème d’énergie (et de climat !), il « suffirait » de tartiner le monde de panneaux solaires, d’éoliennes et de smart grids (réseaux de transport « intelligents » permettant d’optimiser la consommation, et surtout d’équilibrer à tout moment la demande variable avec l’offre intermittente des énergies renouvelables).Si nous n’avions qu’un problème de métaux, mais accès à une énergie concentrée et abondante, nous pourrions continuer à exploiter la croûte terrestre à des concentrations toujours plus faibles.Mais nous faisons face à ces deux problèmes au même moment, et ils se renforcent mutuellement : plus d’énergie nécessaire pour extraire et raffiner les métaux, plus de métaux pour produire une énergie moins accessible. 

     

    L’économie circulaire est une gentille utopie

    Les ressources métalliques, une fois extraites, ne disparaissent pas. L’économie circulaire, basée en particulier sur l’éco-conception et le recyclage, devrait donc être une réponse logique à la pénurie métallique. Mais celle-ci ne pourra fonctionner que très partiellement si l’on ne change pas radicalement notre façon de produire et de consommer.Naturellement on peut et il faut recycler plus qu’aujourd’hui, et les taux de recyclage actuels sont souvent si bas que les marges de progression sont énormes. Mais on ne peut jamais atteindre 100% et recycler « à l’infini », quand bien même on récupérerait toute la ressource disponible et on la traiterait toujours dans les usines les plus modernes, avec les procédés les mieux maîtrisés (on en est très loin).D’abord parce qu’il faut pouvoir récupérer physiquement la ressource pour la recycler, ce qui est impossible dans le cas des usages dispersifs ou dissipatifs. Les métaux sont couramment utilisés comme produits chimiques, additifs, dans les verres, les plastiques, les encres, les peintures, les cosmétiques, les fongicides, les lubrifiants et bien d’autres produits industriels ou de la vie courante (environ 5% du zinc, 10 à 15% du manganèse, du plomb et de l’étain, 15 à 20% du cobalt et du cadmium, et, cas extrême, 95% du titane dont le dioxyde sert de colorant blanc universel).Ensuite parce qu’il est difficile de recycler correctement. Nous concevons des produits d’une diversité et d’une complexité inouïes, à base de composites, d’alliages, de composants de plus en plus miniaturisés et intégrés… mais notre capacité, technologique ou économique, à repérer les différents métaux ou à les séparer, est limitée.Les métaux non ferreux contenues dans les aciers alliés issus de première fonte sont ferraillés de manière indifférenciée et finissent dans des usages moins nobles comme les ronds à béton du bâtiment. Ils ont bien été recyclés, mais sont perdus fonctionnellement, les générations futures n’y auront plus accès, ils sont « dilués ». Il y a dégradation de l’usage de la matière : le métal « noble » finit dans un acier bas de gamme, comme la bouteille plastique finit en chaise de jardin. 

     

    La vraie voiture propre, c’est le vélo !

    La voiture propre est ainsi une expression absurde, quand bien même les voitures fonctionneraient avec une énergie « 100% propre » ou « zéro émission ». Sans remise en question profonde de la conception, il y aura toujours des usages dispersifs (divers métaux dans la peinture, étain dans le PVC, zinc et cobalt dans les pneus, platine rejeté par le pot catalytique…), une carrosserie, des éléments métalliques et de l’électronique de bord qui seront mal recyclés… La vraie voiture propre, ou presque, c’est le vélo !Perte entropique ou par dispersion (à la source ou à l’usage), perte « mécanique » (par abandon dans la nature, mise en décharge ou incinération), perte fonctionnelle (par recyclage inefficace) : le recyclage n’est pas un cercle mais un boyau percé, et à chaque cycle de production-usage-consommation, on perd de manière définitive une partie des ressources. On peut toujours progresser. Mais sans revoir drastiquement notre manière d’agir, les taux resteront désespérément bas pour de nombreux petits métaux high tech et autres terres rares (pour la plupart, moins de 1% aujourd’hui), tandis que pour les grands métaux nous plafonnerons à un taux typique de 50 à 80% qui restera très insuffisant. 

     

    La croissance « verte » sera mortifère

    La croissance « verte » se base, en tout cas dans son acception actuelle, sur le tout-technologique. Elle ne fera alors qu’aggraver les phénomènes que nous venons de décrire, qu’emballer le système, car ces innovations « vertes » sont en général basées sur des métaux moins répandus, aggravent la complexité des produits, font appel à des composants high tech plus durs à recycler. Ainsi du dernier cri des énergies renouvelables, des bâtiments « intelligents », des voitures électriques, hybrides ou hydrogène…Le déploiement suffisamment massif d’énergies renouvelables décentralisées, d’un internet de l’énergie, est irréaliste. Si la métaphore fleure bon l’économie « dématérialisée », c’est oublier un peu vite qu’on ne transporte pas les électrons comme les photons, et qu’on ne stocke pas l’énergie aussi aisément que des octets. Pour produire, stocker, transporter l’électricité, même « verte », il faut quantité de métaux. Et il n’y a pas de loi de Moore (postulant le doublement de la densité des transistors tous les deux ans environ) dans le monde physique de l’énergie.Mais une lutte technologique contre le changement climatique sera aussi désespérée.Ainsi dans les voitures, où le besoin de maintenir le confort, la performance et la sécurité nécessite des aciers alliés toujours plus précis pour gagner un peu de poids et réduire les émissions de CO2. Alors qu’il faudrait limiter la vitesse et brider la puissance des moteurs, pour pouvoir dans la foulée réduire le poids et gagner en consommation. La voiture à un litre aux cent kilomètres est à portée de main ! Il suffit qu’elle fasse 300 ou 400 kg, et ne dépasse pas les 80 km/h.Ainsi dans les bâtiments, où le niveau de confort toujours plus exigeant nécessite l’emploi de matériaux rares (verres faiblement émissifs) et une électronicisation généralisée pour optimiser la consommation (gestion technique du bâtiment, capteurs, moteurs et automatismes, ventilation mécanique contrôlée).Avec la croissance « verte », nous aimerions appuyer timidement sur le frein tout en restant pied au plancher : plus que jamais, notre économie favorise le jetable, l’obsolescence, l’accélération, le remplacement des métiers de service par des machines bourrées d’électronique, en attendant les drones et les robots. Ce qui nous attend à court terme, c’est une accélération dévastatrice et mortifère, de la ponction de ressources, de la consommation électrique, de la production de déchets ingérables, avec le déploiement généralisé des nanotechnologies, des big data, des objets connectés. Le saccage de la planète ne fait que commencer. 

     

    La solution climatique passera par les low tech

    Il nous faut prendre la vraie mesure de la transition nécessaire et admettre qu’il n’y aura pas de sortie par le haut à base d’innovation technologique – ou qu’elle est en tout cas si improbable, qu’il serait périlleux de tout miser dessus. On ne peut se contenter des business models émergents, à base d’économie de partage ou de la fonctionnalité, peut-être formidables mais ni généralisables, ni suffisants.Nous devrons décroître, en valeur absolue, la quantité d’énergie et de matières consommées. Il faut travailler sur la baisse de la demande, non sur le remplacement de l’offre, tout en conservant un niveau de « confort » acceptable.C’est toute l’idée des low tech, les « basses technologies », par opposition aux high tech qui nous envoient dans le mur, puisqu’elles sont plus consommatrices de ressources rares et nous éloignent des possibilités d’un recyclage efficace et d’une économie circulaire. Promouvoir les low tech est avant tout une démarche, ni obscurantiste, ni forcément opposée à l’innovation ou au « progrès », mais orientée vers l’économie de ressources, et qui consiste à se poser trois questions.Pourquoi produit-on ? Il s’agit d’abord de questionner intelligemment nos besoins, de réduire à la source, autant que possible, le prélèvement de ressources et la pollution engendrée. C’est un exercice délicat car les besoins humains – nourris par la rivalité mimétique – étant a priori extensibles à l’infini, il est impossible de décréter « scientifiquement » la frontière entre besoins fondamentaux et « superflus », qui fait aussi le sel de la vie. D’autant plus délicat qu’il serait préférable de mener cet exercice démocratiquement, tant qu’à faire.Il y a toute une gamme d’actions imaginables, plus ou moins compliquées, plus ou moins acceptables.Certaines devraient logiquement faire consensus ou presque, à condition de bien exposer les arguments (suppression de certains objets jetables, des supports publicitaires, de l’eau en bouteille…).D’autres seront un peu plus difficiles à faire passer, mais franchement nous n’y perdrions quasiment pas de « confort » (retour de la consigne, réutilisation des objets, compostage des déchets, limite de vitesse des véhicules…).D’autres enfin promettent quelques débats houleux (réduction drastique de la voiture au profit du vélo, adaptation des températures dans les bâtiments, urbanisme revisité pour inverser la tendance à l’hypermobilité…). 

     

    Qui est liberticide ?

    Liberticide ? Certainement, mais nos sociétés sont déjà liberticides. Il existe bien une limite, de puissance, de poids, fixée par la puissance publique, pour l’immatriculation des véhicules. Pourquoi ne pourrait-elle pas évoluer ? Un des principes fondamentaux en société est qu’il est préférable que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Puisque nous n’avons qu’une planète et que notre consommation dispendieuse met en danger les conditions même de la vie humaine – et de bien d’autres espèces – sur Terre, qui est liberticide ? Le conducteur de 4×4, l’utilisateur de jet privé, le propriétaire de yacht, ou celui qui propose d’interdire ces engins de mort différée ?Que produit-on ? Il faut ensuite augmenter considérablement la durée de vie des produits, bannir la plupart des produits jetables ou dispersifs, s’ils ne sont pas entièrement à base de ressources renouvelables et non polluantes, repenser en profondeur la conception des objets : réparables, réutilisables, faciles à identifier et démanteler , recyclables en fin de vie sans perte, utilisant le moins possible les ressources rares et irremplaçables, contenant le moins d’électronique possible, quitte à revoir notre « cahier des charges », accepter le vieillissement ou la réutilisation de l’existant, une esthétique moindre pour les objets fonctionnels, parfois une moindre performance ou une perte de rendement… en gros, le moulin à café et la cafetière italienne de grand-mère, plutôt que la machine à expresso dernier cri. Dans le domaine énergétique, cela pourrait prendre la forme de la micro et mini hydraulique, de petites éoliennes « de village » intermittentes, de solaire thermique pour les besoins sanitaires et la cuisson, de pompes à chaleur, de biomasse…Comment produit-on ? Il y a enfin une réflexion à mener sur nos modes de production. Doit-on poursuivre la course à la productivité et à l’effet d’échelle dans des giga-usines, ou faut-il mieux des ateliers et des entreprises à taille humaine ? Ne doit-on pas revoir la place de l’humain, le degré de mécanisation et de robotisation, la manière dont nous arbitrons aujourd’hui entre main-d’œuvre et ressources/énergie ? Notre rapport au travail (meilleur partage entre tous, intérêt d’une spécialisation outrancière, répartition du temps entre travail salarié et activités domestiques, etc.) ?Et puis il y a la question aigüe de la territorialisation de la production. Après des décennies de mondialisation facilitée par un coût du pétrole suffisamment bas et le transport par conteneurs, le système est devenu absurde.À l’heure des futures perturbations, des tensions sociales ou internationales, des risques géopolitiques à venir, que le changement climatique ou les pénuries de ressources risquent d’engendrer, sans parler des scandales sanitaires possibles, un système basé sur une Chine « usine du monde » est-il vraiment résilient ? 

     

    Un projet de société

    Pour réussir une telle évolution, indispensable mais tellement à contre-courant, il faudra résoudre de nombreuses questions, à commencer par celle de l’emploi. « La croissance, c’est l’emploi » a tellement été martelé qu’il est difficile de parler de sobriété sans faire peur.Malgré l’évidence des urgences environnementales, toute radicalité écologique, toute évolution réglementaire ou fiscale d’envergure, même progressive, toute réflexion de fond même, est interdite par la terreur – légitime – de détruire des emplois. Une fois acté le fait que la croissance ne reviendra pas (on y vient doucement), et tant mieux compte tenu de ses effets environnementaux, il faudra se convaincre que le plein-emploi, ou la pleine activité, est parfaitement atteignable dans un monde post-croissance économe en ressources.Il faudra aussi se poser la question de l’échelle territoriale à laquelle mener cette transition, entre une gouvernance mondiale, impossible dans les délais impartis, et des expériences locales individuelles et collectives, formidables mais insuffisantes. Même enchâssé dans le système d’échanges mondial, un pays ou un petit groupe de pays pourrait prendre les devants, et, protégé par des mesures douanières bien réfléchies, amorcer un réel mouvement, porteur d’espoir et de radicalité.Compte-tenu des forces en présence, il y a bien sûr une part utopique dans un tel projet de société. Mais n’oublions pas que le scénario de statu quo est probablement encore plus irréaliste, avec des promesses de bonheur technologique qui ne seront pas tenues et un monde qui s’enfoncera dans une crise sans fin, sans parler des risques de soubresauts politiques liés aux frustrations toujours plus grandes. Pourquoi ne pas tenter une autre route ? Nous avons largement les moyens, techniques, organisationnels, financiers, sociétaux et culturels pour mener une telle transition. A condition de le vouloir. 

     

    Philippe Bihouix.

    Ingénieur, spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique.

    Cet article est extrait du livre Un appel de la société civile, Crime climatique stop !

    Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance - Philippe Bihouix

     

    Le dérèglement climatique tue. Il bouleverse des centaines de millions de vies, à commencer par celles des plus pauvres et des plus fragiles. Pour que notre planète reste vivable, près de 80 % des réserves d’énergies fossiles actuellement connues doivent demeurer inexploitées.

    Nous n’en prenons nullement le chemin. Les négociations dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le climat de Paris s’annoncent comme un échec : les États abandonnent l’objectif de tout faire pour rester sous le seuil d’une augmentation maximale de la température de + 2 °C au-delà duquel les pires scénarios deviennent possibles.

    C’est pourquoi la société civile mondiale lance aujourd’hui un appel à la mobilisation, et à construire un vaste mouvement qui refonde nos sociétés.

    Ce livre porte la voix de personnalités du monde entier, de chercheurs conscients de l’impasse actuelle, mais aussi celle d’innombrables victimes, réfugiés climatiques et collectifs en lutte contre la machine à réchauffer la planète. Tous nous rappellent la réalité du réchauffement climatique en cours, les souffrances et les inégalités qu’il produit et nous montrent les voies pour sortir de l’âge des fossiles.

    Avec les contributions de Naomi Klein, Vandana Shiva, Jean Jouzel, Susan George, Desmond Tutu, Bill McKibben, Geneviève Azam, Pablo Solon...

     

    Plus d'infos :

    => Article La croissance verte, une mystification absolue - Philippe Bihouix (+ conférences vidéos)


    3 commentaires
  •  Agir avant l'effondrement - Christian Ghiotti

    Affiche "Les Décroissant.e.s" 16ème circonscription de Paris.
    Titulaire : Yasmina Khaznawi
    Suppléant : Christian Ghiotti

      

    Les Décroissant.e.s aux Législatives
    Christian Ghiotti - mercredi 24 mai 2017

     

    Gandin 1er, intronisé Président, a brûlé les étapes. Le juste anagrammé « Me nomme Canular » arrive au plus haut sommet de l’Etat dès son premier passage par le Suffrage Universel. Pour un coup d’essai, c’est un coup de Maître !
    Propulsé par son mentor, François Hollande déjà connu pour ses blagues - on se souvient du fameux « Mon ennemi, c’est la Finance ! » -, le jeune président, ancien banquier d’affaires, amène de fait la Finance directement au sommet de l’Etat. Avec deux oreillettes, l’une branchée sur la BCE, l’autre sur Jacques Attali et l’oligarchie, Macron fait fonction d’emballage, il travaille pour les nantis de la mondialisation. Et il fait son job, excellemment !
    Mais la suite de son ascension fulgurante, telle l’irruption de la société thermoindustrielle dans l’histoire de l’humanité, telle Louis-Napoléon Bonaparte en 1848, est tout aussi prévisible : c’est le désastre.

    Car la catastrophe écologique ne peut que s’aggraver. Et l’économie y est étroitement liée. Si Macron veut imposer une économie non choisie par les « gens de peu », pour lesquels le seul choix sera être payé 45h pour le prix de 35 (c’est la loi travail 2 que le Président veut faire passer par ordonnances) ou le chômage massif, des explosions sociales sont inévitables, alors oui, il va y avoir du sang ! Et ce pouvoir ne peut que rechercher la croissance, or même dans une « économie 2.0 », c’est maintenant une imposture. Augmenter le PIB aujourd’hui requiert plus de matières premières et d’énergie qu’hier. Et la planète vit déjà largement à crédit !

    Avec l’épuisement des ressources et matières premières en cours, avec le réchauffement climatique, avec l’effondrement de la biodiversité, c’est une toute autre voie qu’il faut prendre. 
    Alors, si recruter Nicolas Hulot, peut, dans cette société du spectacle, faire croire à un souci d’écologie, cela ne saurait aucunement influer sur le cours des évènements ou même tromper les véritables écologistes : l’écologie ne peut être le « cadeau-Bonux » des nantis de la mondialisation ! 

     

    Aujourd’hui, rappelons les nécessités devant lesquelles nous sommes : 

    - respecter les limites de la nature, en relocalisant les activités industrielles et agricoles pour pouvoir vivre avec des ressources renouvelables de proximité. Faire en sorte que les territoires assurent leur autonomie alimentaire avec la mise en place de ceintures vivrières, en réorientant l’agriculture vers des systèmes de polyculture-élevage. Sortir des énergies fossiles, du nucléaire et diminuer fortement notre impact écologique. Préserver enfin la biodiversité. Respecter les écosystèmes. 

    - il s’agit de combattre le déferlement technologique, destructeur du lien social, en commençant par protéger la jeunesse du tout-numérique à l’école. De stopper de toute urgence les Grands Projets Inutiles et Imposés d’infrastructures aériennes, portuaires, routières et de TGV. De favoriser les déplacements lents, d’empêcher l’obsolescence programmée par des productions utiles, durables, réparables et réutilisables – instaurer une garantie pièces et main-d’œuvre de 20 ans, de lutter contre la publicité. De réorienter la recherche, radicalement, vers des techniques simples, transparentes et conviviales. 

    - Il s’agit de partager ! S’attaquer aux inégalités, drastiquement, en supprimant les revenus du capital et du patrimoine et en mettant progressivement en œuvre un écart maximum de 1 à 4 entre les revenus du travail. Mettre en place une semaine de 4 jours, organiser la contribution de chacun, selon ses moyens, aux tâches collectives ou pénibles. 

    - De mettre en débat un revenu inconditionnel : non pour entretenir une classe de pauvres oisifs branchés sur une consommation prédatrice, comme le veulent au final les libéraux, mais pour prendre à bras-le-corps le problème de la misère dans nos propres sociétés. Nous prenons acte de la raréfaction prochaine des moyens de l’Etat et nous voulons les réaffecter prioritairement à la garantie d’un seuil de subsistance décent pour chaque citoyen.

     

    Notre projet ne peut se faire dans le cadre du libre-échange. Nous voulons définir un protectionnisme solidaire, limiter les importations, instaurer des droits de douane et, vraiment, encore une fois : relocaliser. Taxer les marchandises selon l’utilité sociale et écologique, selon la manière de produire, vendre et recycler pour favoriser des productions soutenables de qualité, par des coopératives ou des petites entreprises. 

    Il s’agit aussi de maîtriser la monnaie : sortir de la monnaie unique, nationaliser les banques, soutenir des monnaies locales et régionales, annuler les dettes illégitimes au Sud comme au Nord.

    Il s’agit de sortir des fables libérales sur la « liberté de circuler » que l’on retrouve même dans une certaine extrême-gauche. Cette liberté n’est que la liberté des plus riches : elle justifie l’errance économique au service de l’exploitation salariale et met les travailleurs directement en concurrence entre eux. Il s’agit d’arrêter la destruction des territoires au nom du développement pour permettre à chacun de vivre là où il a choisi de vivre, y compris dans son pays. Le nomadisme planétaire n’est pas une solution à la misère des peuples !

    Il s’agit enfin de repolitiser la société. Cela passe évidemment par une lutte contre l’oligarchie financière et politique qui détruit la nature et les sociétés. Cela passe par une redéfinition du statut de l’élu, le non-cumul des mandats, un refus du carriérisme. Pour inventer une démocratie basée sur des bassins de vie, créer des assemblées populaires, avec un droit de véto, à côté de chaque assemblée d’élus.

     

    Tout ceux qui émettent des doutes sur les vertus de la globalisation libérale doivent rejoindre Les Décroissant.e.s. Sont-ils si peu nombreux ? 

     

    Christian Ghiotti Candidat suppléant dans la 16° circonscription de Paris pour Les Décroissant.e.s
    (candidate titulaire : Yasmina Khaznawi)

     

    Plus d'infos : 

    => Le site décroissance-élections.fr 

    Agir avant l'effondrement - Christian Ghiotti

     


    votre commentaire