• Le climat ne supporte pas la course aux profits - Barbara Romagnan

    Le climat ne supporte pas la course aux profits - Barbara Romagnan

    Alors que s’ouvre ce mardi 23 septembre à l’ONU à New York, une rencontre des chefs d’Etat et de Gouvernement sur le climat, je souhaite remettre en perspective cette urgence absolue que constitue la lutte contre le changement climatique.

    On le sait les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé d’augmenter depuis 40 ans. Elles s’accélèrent même depuis 10 ans (on produisait 0,4 giga-tonne de GES par an de 1970 à 2000, 1 gt depuis 2000). Ce qui fait craindre d’ici 2100 des températures qui pourraient atteindre de 3,7 à 4,8 °en moyenne, soit 2,7 à 7,8 degrés selon les endroits.

    Donc les politiques de protection du climat mises en place ne suffisent pas. Cela a déjà des conséquences catastrophiques : inondations, désertification, sècheresse (en Chine le désert progresse de 1,8 km / an vers Pékin), la fonte de la banquise entraîne du hausse du niveau des mers qui peut aller de 1 à 7m avec les implications inévitables en terme de disparitions de territoires, migrations, conflits.

    Nous courons à la catastrophe, on le sait, mais on ne change toujours pas de trajectoire. On connait pourtant l’origine de ce phénomène : la croissance démographique ainsi que la généralisation d’un modèle de développement, de consommation, de mode de vie, incompatible avec les ressources écologiques de la planète (si l’humanité consommait comme le font les Etats Unis, il nous faudrait 4 planètes équivalentes à la nôtre).

    Dans mon propos je veux rappeler dans un premier temps, que le climat actuel et ses dérèglements sont une conséquence de la logique de recherche de profit maximum du système capitaliste mondialisé dans lequel nous vivons. Je rappellerai ensuite aussi que le dérèglement climatique est un puissant révélateur des inégalités sociales, économiques, et désormais environnementales que ce système produit. Enfin, il me semble qu’au-delà de ce constat, si nous voulons apporter une réponse à ce défi majeur, nous devrons aller plus loin et nous interroger y compris à gauche, sur le modèle de développement, la vision du progrès et de la richesse qui nous ont amenés dans cette impasse.

    La recherche du profit est une des raisons essentielle du dérèglement climatique…

    … car elle « oblige » à puiser toujours plus dans les énergies fossiles et les ressources écologiques : l’eau potable, aux terres fertiles, etc…

    Le libre-échange, une des manifestations de ce système n’est pas seulement l’exploitation de l’exploitation de l’homme à l’autre bout du monde, mais également celle de la planète. Pour s’affranchir de normes environnementales trop contraignantes en Europe, on déverse ses déchets dans les pays plus pauvres : les USA délocalisent la production de solvants vers le Mexique, l’UE délocalise l’exploitation minière vers l’Afrique.

     C’est d’ailleurs pour tout cela que l’on parle de dérèglement climatique, et non pas de catastrophe. Il n’y a rien de divin dans tout cela. Il y a des choix politiques. Des décisions qu’il nous faut infléchir. Des décisions éminemment politiques, mais qui n’ont pas forcément été débattues démocratiquement et qui se retrouvent de fait dans les mains du marché. Pire encore, le marché s’est désormais emparé de l’écologie pour en faire une source de profits…

    C’est pour cela que j’aimerais battre en brèche certains mythes ou fausses bonnes solutions largement répandues :

    • La « croissance verte » en fait partie. Il s’agit de l’illusion qu’il existerait de nouvelles énergies à découvrir qui sans remettre en cause le modèle productiviste suffiraient à relever le défi climatique. Or, on ne peut plus aujourd’hui faire l’économie d’une interrogation sur la nature même de la croissance. Autrement dit on changerait juste l’énergie à exploiter sans remettre en cause la nature de la croissance.
    • Le mythe de la technologie qui nous sauvera de la catastrophe et nous préservera d’un changement de comportements en est un autre. L’idée que nous pourrions grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique et au progrès technologiques ou à la découverte de nouvelles sources d’énergie, régler la question du climat. Les chercheurs du GIEC rappellent dans leur rapport que les bénéfices de l’amélioration de l’efficacité énergétique ont été effacés par l’explosion de la demande mondiale et donc insistent sur le fait qu’il est crucial d’agir sur la demande et qu’on ne peut s’en remettre aux seules technologies.
    • Le mythe de l’auto-régulation du marché par le système du marché d’échanges des quotas d’émissions de CO2 mis en place en place par l’Europe depuis Kyoto en 1997 n’est pas non plus la solution. Ses effets pervers en montrent les limites et les paradoxes. Ainsi, la fermeture du site de Florange par Arcelor Mittal en octobre 2011 a fait gagner jusqu’à 230 millions d’euros en droits d’émissions de gaz à effet de serre vendus, sur un marché qui a rapporté plus d’un milliard à Mittal depuis 2009… Mittal revend ainsi le CO2 qu’il n’émet pas en fermant ses usines. Pourtant c’est l’outil principal de l’UE dans la lutte pour la réduction des émissions de C02, elle ne semble pas prête à abandonner ce système du marché …

    Le dérèglement climatique révèle et entretient les inégalités

    Le dernier rapport du GIEC rappelle que le dérèglement climatique va accentuer les inégalités déjà existantes en touchant plus durement les pays du Sud et en créant de nouvelles poches de pauvreté.

    Ce sont, comme pour la précarité énergétique, les plus vulnérables qui sont les premiers concernés par l’insécurité climatique. Ce sont les plus défavorisés du fait de leur lieu de vie, de leur alimentation, de leur consommation qui sont les plus exposés aux nuisances et pollutions environnementales et plus sensibles aux effets sanitaires qui en résultent, en raison d’un état sanitaire comparativement dégradé et d’un moindre accès aux soins.

    Ce sont au niveau mondial, les populations pauvres, vivant dans les zones à forte densité qui sont menacées par la hausse du niveau de la mer et ceux qui vivent dans les zones où sévit la sécheresse, qui sont et seront les principales victimes climatiques. Les conséquences nous les connaissons : développement des migrations et des risques de conflits violents guerres civiles et entre groupes rivaux. « Chaque augmentation de 1°C de la température pourrait entrainer une augmentation de 14 % des conflits entre les groupes et de 4 % des violences entre les personnes » affirme une étude américaine de 2013.

    Les conséquences du réchauffement climatique sont terribles pour les ressources agricoles traditionnelles de certaines régions d’Afrique et provoquent des changements de systèmes agraires comme à titre d’exemple le basculement du système de la culture du millet et du sorgho arrosée par la pluie à un système prédominant d’élevage du bétail, qui d’après les experts du GIEC vont conduire « six millions de personnes supplémentaires à la malnutrition, dont 250 000 enfants qui risquent de souffrir de retards de croissance » .

    En conclusion, pourquoi malgré les politiques de protection du climat mises en œuvre partout sur la planète, les émissions de gaz à effet de serre ne cessent de croître depuis 40 ans ?

    Jean-Pierre Dupuy dans son livre Pour une catastrophe éclairée avance une idée intéressante : nous savons que les catastrophes se produiront, nous connaissons leurs effets, mais en réalité nous n’y croyons pas.

    Nous sommes largement héritiers en occident d’une représentation de la nature et de la modernité qui nous ont empêchés de saisir en quoi la menace écologique est aussi une menace pour nous-mêmes. La crise devrait nous rappeler que nous ne sommes pas des êtres posés dans la nature ; nous sommes de la nature. Cette conception qui faisait de la nature un pur objet séparé, malléable à notre puissance et à notre désir, explique pour moi la difficulté que nous avons à réellement croire et s’attaquer au défi climatique. Cette croyance nous empêche de penser l’aspect systémique des mutations du monde actuel et nous empêche de construire une réponse qui ne peut être que transversale et globale. Il nous empêche de prendre en compte la crise culturelle liée au mal être de notre mode de vie et de consommation.

    Je crois que les réponses au défi climatique ne peuvent se faire dans les seuls termes négatifs de la dénonciation ou du retour nostalgique à un modèle passé, elles ne se trouveront pas non plus dans le seul champ de la gestion économique ou même écologique des choses. Il s’agit d’une réponse globale qui doit s’inscrire dans un projet à construire ensemble, avec l’ensemble des forces de la gauche sociale et écologique. Elle pourra s’appuyer sur la richesse des très nombreuses expériences locales et collaboratives qui montrent dès à présent que l’on peut construire et vivre des réponses alternatives aux impasses et au mal être de notre société. La transition écologique pourrait être aujourd’hui une chance et une opportunité à saisir pour construire ce nouveau modèle de développement répondant aux défis social, écologique et démocratique de notre monde et reposant sur l’aspiration individuelle et collective au « bien vivre ».

    source : http://www.barbararomagnan.eu/le-climat-ne-supporte-pas-la-course-au-profit-4577#more-4577

     

    Le climat ne supporte pas la course aux profits - Barbara Romagnan

    Barbara Romagnan, née le 25 avril 1974 à Annecy, est une enseignante et femme politique française membre du Parti socialiste depuis 1995. Actuelle députée de la première circonscription du Doubs depuis 2012, [...].

    source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara_Romagnan


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