• “Les dangers de la suraccumulation en Chine : une analyse marxiste” - Mylène Gaulard

    Une conférence donnée par Mylène GAULARD
    Maître de conférences en Économie
    à l’Université de Grenoble 2
    Centre de recherche en Économie de Grenoble (CREG)
    Paris. Sorbonne. 24 novembre 2012
     

     À 1:00:00 on peut entendre la conclusion de la conférence :

     

    Il est tout-à-fait incorrect d'analyser la Chine comme une réussite économique et comme la preuve du succès du mode de production capitaliste. Le pays est aujourd'hui confronté à un problème de suraccumulation, c'est-à-dire à une baisse du taux de profit fragilisant son appareil productif. Et comme dans tous les pays occidentaux [obéissant] au mode de production capitaliste, l'endettement publique, le gonflement de bulles spéculatives, ne peuvent être des solutions que de court terme pour faire face aux difficultés rencontrées par l'appareil productif. Pour reprendre l'expression de Roger Dallongeville, on est clairement aujourd'hui en Chine dans le cadre d'un « capitalisme drogué ». C'est-à-dire que l'endettement des autorités locales permet certes de ralentir le processus d'accumulation de même que le gonflement de la bulle immobilière ; mais ces secteurs ne produisent pas de plus-value. On est clairement face à un capital fictif. L'éclatement de la bulle immobilière risque d'être extrêmement douloureux dans les prochains mois ou les prochaines années en Chine.

    [...]

    Le cas de la Chine montre encore une fois qu'il est tout-à-fait absurde de distinguer un bon capitalisme d'un mauvais capitalisme, un capitalisme lié à la finance et un capitalisme lié à la sphère productive : ces deux capitalismes sont clairement liés. Ce sont clairement les difficultés de l'appareil productif, les difficultés du bon capitalisme, qui engendrent le gonflement du mauvais capitalisme, le gonflement de la bulle financière. Ce sont les mêmes entreprises, ce sont les entreprises d'état qui aujourd'hui vont investir dans l'immobilier. Ce sont exactement les mêmes capitalistes qui investissent dans le productif et dans la finance. Donc finalement les deux sont liés et indissociables.

    [...]

    La proposition faite par de nombreux économistes de réorienter l'économie chinoise vers davantage de consommation ne prend absolument pas en compte les bases de fonctionnement du MPC (Mode de Production Capitaliste). Le but de ce mode de production est, je le rappelle, de produire toujours plus, d'accumuler toujours plus, d'élever toujours plus le taux d'exploitation, pour contrer la baisse du taux de profit qui lui est inhérente. La seule façon de réorienter une économie vers davantage de consommation – je propose la solution – c'est de créer une bulle d'endettement comme cela a pu se faire aux États-Unis ou dans les pays occidentaux ces derniers temps. […] Une bulle finit toujours par éclater. Que faire alors ? Quelles sont les implications politiques des problèmes économiques rencontrés par la Chine ?

    [...]

    On voit avec l'exemple de la Chine l'un des derniers espoirs du mode de production capitaliste aujourd'hui. Ce dernier est de plus en plus fragilisé. Comme l'exprimait si bien Bordiga, l'oeuvre de Marx ne constitue absolument pas une biologie du capital mais plutôt sa nécrologie. Politiquement, cela implique que toute tentative de réforme du mode de production capitaliste relève de la pure naïveté. Qu'il s'agisse de politiques keynésiennes de relance, de baisse des inégalités, ou des politiques néolibérales qui feraient tout reposer sur le marché, sur le le libre fonctionnement du marché, toutes les solutions proposées pour remédier aux faiblesses du mode de production capitaliste sont de pures utopies. Depuis 40 ans toutes ces politiques keynésiennes, néolibérales, se sont succédées et n'ont pas pas pu empêcher la succession des crises économiques qui ont conclu cette période. En économie il est courant de parler de cycles, de cycles économiques qui vont de 10 à 25 ans. Aujourd'hui on les oublie un peu parce que selon la théorie des cycles normalement depuis 2000 on est censé être en plein boom économique. Pour la première fois depuis 150 ans, la théorie des cycles ne s'applique plus.

    […]

    Si on tient compte du caractère exceptionnel de cette période, de l'incapacité du mode de production capitaliste à rebondir autrement qu'en se droguant, à coup de bulles spéculatives ; il ne reste que peu de place pour les propos réformistes.
    Tant que nous serons inscrits dans le cadre du MPC caractérisé par la volonté et la nécessité d'accumuler toujours plus grâce à l'emploi de main d'oeuvre salariée, il est peu probable que nous soyons en mesure de sortir d'une succession de crises dégradant le niveau de vie de tout un chacun comme on peut l'observer en Grèce, comme on peut l'observer aux États-Unis mais également dans nos propres pays touchés par la dernière crise économique internationale. Aujourd'hui on est clairement aux portes de la barbarie. Tout mouvement social qui ne s'attaquerait pas au coeur du mode de production capitaliste, c'est-à-dire au salariat, mais également au processus d'accumulation, et également à l'État qui est derrière se trouverait dans le domaine de l'utopie.

    [...]

     

    Autre texte complémentaire, partagé par Nicolas Casaux :

    Le monde merveilleux de la société de croissance industrielle; quelques extraits traduits de l'article d'Adbusters "Révolution ou effondrement" ("Revolution or Collapse"):

    "[...] Mais l’ascension Chinoise n’a été possible qu’en raison d’un horrible coût social et environnemental. Il est difficile se saisir la violence diabolique et l’inconscience dévergondée des assauts motivés par le profit, en Chine, sur la nature et les Chinois eux-mêmes. Il y a 10 ans, dans une interview avec le magazine Der Spiegel, en mars 2005, Pan Yue, jeune et éloquent vice-ministre de l'agence d'État chinoise responsable de la protection de l'environnement (SEPA) a expliqué que "le miracle Chinois prendrait bientôt fin parce que l’environnement ne peut plus suivre :

    Nous utilisons trop de matières premières pour soutenir [notre] croissance… Nos matières premières sont rares, nous n’avons pas assez de terre et notre population croit constamment. Il y a actuellement 1,3 milliards de personnes vivant en Chine, deux fois plus qu’il y a 50 ans. En 2020, il y en aura 1,5 milliards… mais les zones désertiques [désertifiées] progressent en parallèle ; la surface habitable et utilisable a diminué de moitié en 50 ans… Des pluies acides tombent sur 1/3 du territoire Chinois, la moitié de l’eau de nos 7 plus importants fleuves est complètement inutilisable, tandis qu’1/4 de nos citoyens n’ont pas accès à l’eau potable. 1/3 de la population urbaine respire de l’air pollué, et moins de 20% des déchets urbains sont traités de manière écologiquement soutenable… Parce que l’air et l’eau sont pollués, nous perdons entre 8 et 15% de notre produit intérieur brut. Et cela n’inclut pas les coûts de santé… Rien qu’à Beijing, entre 70 et 80% des cancers mortels sont liés à l’environnement."

    Et, critiquant les économistes occidentaux qui nous rassurent en prétendant que plus de croissance est la clé pour réparer les dégâts environnementaux causés par la croissance, il ajoute :

    "Et il y a également une autre erreur… C’est l’hypothèse selon laquelle la croissance économique nous fournira les ressources financières nécessaires pour affronter les crises écologiques, de matières premières et la croissance démographique. […]"

    “Les dangers de la suraccumulation en Chine : une analyse marxiste” - Mylène Gaulard

    Plus d'infos :

    => Livre Le Capital, livre I, section VII : Accumulation du capital de Karl Marx (en pdf)

    => Article Pour sauver la planète, sortez du capitalisme - Hervé Kempf

    => Article Nostalgie d'un ciel bleu à Pékin. Enquête sur la disparition d'un soleil.

    => Article La Tribune - La surcapacité industrielle chinoise inquiète de plus en plus

    => Article La Tribune - L'atterrissage brutal de la Chine est inéluctable (Mylène Gaulard)

    “Les dangers de la suraccumulation en Chine : une analyse marxiste” - Mylène Gaulard

    “Les dangers de la suraccumulation en Chine : une analyse marxiste” - Mylène Gaulard

    La pollution atmosphérique à Pékin, Chine.

    “Les dangers de la suraccumulation en Chine : une analyse marxiste” - Mylène Gaulard

    Qu'est ce qu'on dit ?
    Mariage pollué, mariage raté ??

    “Les dangers de la suraccumulation en Chine : une analyse marxiste” - Mylène Gaulard


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